Serrurier, homme de métier et personne de confiance
Serrurier, homme de métier et personne de confiance
Serrurier : un métier d’autrefois qui peut paraître désuet... pour les non-initiés. Mais ce métier, qu’implique-t-il au juste ? Que fait un serrurier, et qu’est-ce qui compte pour lui ? Pourquoi vouloir agréer la profession ?
Par une journée de printemps précoce mais grise, j’ai rendez-vous avec le serrurier Marc Thery de Gullegem (Courtrai). Je ne tarderai pas à comprendre que ce métier est réellement attrayant et passionnant. Pas de doute, nous sommes bien en Flandre Occidentale, comme l’atteste dès l’entrée du magasin une approche sobre et terre à terre, directe et sans fioritures.
L’avant est occupé par un vaste showroom où sont exposées des portes et fenêtres équipées d’armatures et de serrures diverses. Suit un long comptoir supportant plusieurs machines, par exemple pour copier des clés. De part et d’autre, un grand entrepôt bien rangé. Enfin, à l’arrière, une salle de réunion, des bureaux, un atelier bien équipé, sans oublier un réduit fermé par une porte anti-intrusion.
Notre hôte est dans le métier depuis 1994. Comme de nombreux débutants, il s’est lancé en indépendant complémentaire, pour passer à plein temps en 1997 et développer sa propre entreprise. En 2013, cette dernière a emménagé à son adresse actuelle, après une rénovation et une modification en profondeur de l’immeuble.
Allons droit au but : quelles sont les compétences indispensables pour faire un bon serrurier ?
« Un bon serrurier est un homme de métier. Il maîtrise les aspects techniques, est habile et connaît ses outils. Il doit bien connaître son matériel, aimer apprendre et être créatif. Il doit pouvoir penser en termes de solutions, et adopter un regard critique. Le métier demande aussi une certaine flexibilité, mais il offre une bonne dose de variété en contrepartie. Enfin, il faut certaines compétences en management pour tenir les rênes de son entreprise. »
Qu’implique votre métier ?
« Tout le monde ne le sait pas, mais le secteur de la serrurerie offre un éventail de possibilités. Certains collègues se spécialisent uniquement dans les dépannages et les interventions – ouverture de portes, éventuellement de coffres, et réparations chez le client. Généralement, ils n’ont pas de magasin. D’autres combinent dépannage et vente de serrures, de charnières et même de coffres, et font éventuellement des travaux de sécurisation. Personnellement, je tire la majeure partie de mon chiffre d’affaires de la sécurisation d’immeubles, que ce soit pour des particuliers ou pour des entreprises. Je fais aussi des dépannages : c’est ma carte de visite pour les nouveaux clients. Un client satisfait de la qualité et du prix de mon travail reviendra et fera jouer le bouche-à-oreille. »
Que contient le local protégé par une porte blindée ?
« Pour un serrurier, établir la confiance est un élément crucial. En défendant notre dossier d’agréation, ce n’est pas par hasard que nous avons insisté constamment sur le fait que le serrurier est en réalité une personne de confiance du client étant donné la connaissance qu’il a de ses biens, de la protection dont ils bénéficient, et de sa vie privée. En agréant le métier, ce rôle pourrait se voir renforcé. Concrètement, cela signifie notamment que les dossiers de mes clients, les données des clés et celles des cylindres de sécurité, sont conservés en lieu sûr. Cela devrait être une évidence pour toutes les entreprises du secteur. »
Comment procédez-vous pour sécuriser un risque ?
Je commence par me rendre chez le client. Je dresse avec lui l’inventaire des mesures nécessaires et des possibilités techniques, puis je cherche des solutions adéquates en concertation avec lui. Ensuite, j’établis une offre sur la base des données collectées lors de ma visite sur place. Pour moi, l’étape la plus intéressante est celle qui consiste à dégager la solution idéale pour le client. C’est là que ma valeur ajoutée se manifeste. J’essaie d’éviter au maximum le travail standardisé. Si nécessaire, nous développons même des solutions techniques dans notre propre atelier. Enfin, généralement, le client vient discuter de l’offre dans le magasin. Je lui montre, dans le showroom, la différence entre une solution moyennement satisfaisante et celle dont il a besoin pour être bien protégé contre les intrusions. »
« Mieux vaut créer de bons partenariats, que ce soit avec les collègues ou les fournisseurs qui soutiennent la confiance avec le client. »
Est-ce que vous recevez parfois des demandes un peu surprenantes ?
« En effet, cela arrive. Quand votre réputation commence à se répandre, vous avez de plus en plus souvent affaire à des clients qui demandent des solutions sortant de l’ordinaire. Par exemple, nous travaillons, pour la rénovation et la restauration d’un château, à la modification des serrures originales, qui doivent rester en place, pour pouvoir y monter des cylindres de sécurité. C’est véritablement du travail sur mesure. Nous pouvons démontrer toute notre valeur ajoutée, car notre expertise nous permet de mener cette mission délicate à bien. »
Comment envisagez-vous l’avenir du métier ?
« S’améliorer en restant petit. Un bon business model est indispensable. Travailler avec un personnel restreint, mais doué et doté d’un bon bagage technique. L’idéal est aussi de nouer de bons partenariats, que ce soit avec les collègues ou les fournisseurs qui soutiennent la confiance avec le client. Je vois aussi une montée en force de l’électronique et de l’informatique dans la protection des bâtiments. Les deux domaines se rejoignent de plus en plus, et c’est aussi un défi. »
Que pensez-vous de l’activité de la VSU ?
« L’administration a fait de son mieux pour obtenir une agréation de la profession auprès des autorités. Sans succès pour l’instant, en dépit de tous les efforts. Personnellement, j’estime que nous devons, avec l’administration (dont je fais partie maintenant), privilégier l’élaboration d’une image de marque attrayante et une meilleure visibilité pour notre métier. »
Par J. Van De Walle – VSU

