« 3 minutes ! » – Oui, mais pourquoi « 3 minutes » ?
« 3 minutes ! » – Oui, mais pourquoi « 3 minutes » ?
On estime qu’un cambrioleur met fin à sa tentative d’intrusion après 3 minutes en moyenne. Il est donc important de ralentir au maximum la possibilité qu’un intrus ne pénètre dans une habitation ou un bâtiment. Voilà pour le principe… mais pourquoi « 3 minutes » ? Telle était la question qui était posée à ANPI par un de ses membres…
S’il ne parvient pas à entrer dans votre maison en 3 minutes, le cambrioleur renonce généralement à commettre son délit. Cela veut donc dire qu’il faut dissuader tout candidat malveillant jusqu’à ce qu’il abandonne.
- “Saviez-vous que 95% des cambrioleurs abandonnent dans les 3 minutes leur tentative de cambriolage ?”
- “Il s’avère que s’ils ne parviennent pas à entrer, de nombreux cambrioleurs abandonnent leur tentative de cambriolage après 3 minutes en moyenne.”
- “Une étude a démontré qu’un cambrioleur cesse son attaque en moyenne après 3 minutes.”
- “Une recherche a révélé qu’un cambrioleur abandonne sa tentative après 3 minutes en moyenne.”
Voilà ce que proclament de nombreux sites internet, la documentation promotionnelle ou les campagnes de prévention d’organismes officiels, d’installateurs, de zones de police ou encore d’assureurs, tant en Belgique qu’à l’étranger (Fig. 1).
Ce principe des « 3 minutes » semble donc universellement acquis… Mais d’où provient-il ? Quelles sont ces « étude » et « recherche » évoquées comme argument indiscutable ?
Recherches…
Une rapide interrogation des moteurs de recherche sur internet pour tenter d’identifier l’origine de l’assertion des « 3 minutes » nous révèle que :
- le pourcentage cité varie entre 80 et 95 % ;
- la durée de la tentative varie aussi de 3 à 5 minutes ;
- la phrase est utilisée de manière constante comme argument d’autorité ;
- mais elle n’est cependant jamais sourcée, même par des sites de référence (tels que BENOR ou A2P).
On pourrait aussi se demander pourquoi les « 3 minutes » ont été définies pour la détermination de classes RC dans les normes EN, entre autres celles sur lesquelles se fonde la certification d’éléments de façade pour leur résistance à l’effraction.
Mais ceci ne nous informe toujours pas sur l’origine des « 3 minutes »…
En poussant les recherches plus loin, la référence semble être bien plus ancienne que les normes EN : à force d’acharnement, nous retrouvons une citation assez précise dans un article de la revue américaine Journal of Criminal Justice de 1993 (Fig. 2), dont la bibliographie nous met sur une piste très concrète : il s’agirait d’une étude publiée en 1974 par un certain T. Reppetto. Il ne nous restait plus qu’à mettre la main sur un exemplaire de l’étude en question….
…à la source
Dans son ouvrage intitulé « Residential Crime »(2), Thomas Reppetto, ancien responsable du département de police de Chicago, s’est livré à une étude statistique approfondie des cas de vols et de cambriolages résidentiels dans la zone métropolitaine de Boston. Outre une revue de la littérature sur la problématique des vols résidentiels et une analyse de 2.500 cas locaux, Reppetto a procédé à l’interview d’une centaine de délinquants sur leur mode opératoire lors de leurs forfaits. Les détails recueillis lui permettent d’établir, entre autres, la constatation suivante : « Les personnes interrogées ont estimé le temps d’entrée nécessaire à cinq minutes pour une porte et à trois minutes pour une fenêtre, et ont indiqué qu’elles ne passeraient pas plus de dix minutes sur une porte et cinq minutes sur une fenêtre (où elles se sentent généralement plus exposées). »(3)
Voilà donc ce qui semble l’origine probable de ces « 3 minutes » : une référence vieille d’un demi-siècle !
Existe-t-il d’autres sources qui confirmeraient cette constatation ? Nous serions curieux d’en prendre connaissance et de compléter notre information.
Christopher BOON
1 Andrew J. Buck and Simon Hakim; Burglar Alarms and The Choice Behavior of Burglars: A Suburban Phenomenon, in: Journal of Criminal Justice Vol, 21, pp. 497-507 (1993) – Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/004723529390034K
2 Thomas A. Reppetto, Residential Crime – Ballinger Publishing Company, Cambridge Mass., 1974.
3 Notre traduction de : « Interviewees estimated the entry time required at five minutes for a door and three minutes for a window, and indicated that they would not spend more than a maximum of ten minutes on a door, and five minutes on a window (where they usually felt more exposed). »

