Trois tendances de cyberattaques en 2024
Trois tendances de cyberattaques en 2024
Après deux années de chiffres élevés mais stables, 2023 a été marquée par une augmentation inquiétante des pertes dues aux ransomwares et à l’extorsion. Les pirates informatiques ciblent de plus en plus les chaînes d’approvisionnement IT et physiques. Ils lancent des cyberattaques massives et trouvent de nouveaux moyens d’extorquer de l’argent aux petites et grandes entreprises. Il n’est donc pas étonnant que nos clients considèrent les cyberrisques comme leur principale préoccupation, d’après l’annuel Allianz Risk Barometer.
Auteur: Scott Sayce (Global Head of Cyber Insurance chez Allianz Commercial)
En Belgique, les cyberincidents (comme la cybercriminalité, les perturbations de réseaux et services IT, les logiciels malveillants/ransomware, les violations de données, les amendes) restent le risque numéro un depuis 2018. Aux Pays-Bas, les cyberincidents ont grimpé de quatre positions pour atteindre la deuxième place.
Les ransomwares ont connu une augmentation de plus de 50% en 2023. Les fameux kits ransomware-as-a-Service (RaaS), dont les prix démarrent à US$40, sont un facteur important de l’augmentation globale des attaques. Les bandes exécutent plus d’attaques plus rapidement. Le nombre moyen de jours nécessaires à l’exécution d’une attaque est passé d’environ 60 jours en 2019 à quatre. La plupart des attaques par ransomware impliquent le vol de données personnelles ou commerciales sensibles à des fins d’extorsion. Les incidents deviennent plus coûteux et complexes, le risque d’atteinte à la réputation augmente. L’analyse de l’assureur mondial Allianz Commercial sur les grandes cyberpertes (plus d’un million d’euros) ces dernières années montre que le nombre de cas impliquant un vol de données augmente – passant de 40% en 2019 à près de 80% en 2022 - et l’activité est encore plus élevée en 2023.
Les criminels étudient comment utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour automatiser et accélérer les attaques afin de créer des malwares et du phishing plus efficaces. Combiné à la croissance explosive du nombre d’appareils mobiles et l’internet des objets (IoT) avec la 5G, il semble que les opportunités de cyberattaques ne vont faire qu’augmenter.
Chez Allianz, l’équipe mondiale des ingénieurs de risque surveille le cyberpaysage et aide les entreprises à atténuer les risques émergents. Les menaces qui nous intéressent actuellement sont les suivantes :
1. La puissance de l’IA (pour accélérer les cyberattaques)
Les criminels utilisent des modèles de langage pilotés par l’IA, comme ChatGPT, pour écrire du code. L’IA générative peut aider les pirates moins qualifiés à créer des nouvelles souches et variations de ransomwares existants pour lancer davantage d’attaques. Nous nous attendons à une utilisation accrue de l’IA par des acteurs malveillants, ce qui nécessitera des mesures de cybersécurité plus strictes.
Les logiciels de simulation vocale constituent un ajout puissant à l’arsenal des cybercriminels. Le CEO d’un fournisseur d’énergie britannique a ainsi transféré 250.000 dollars à un escroc après avoir reçu un appel de ce qu’il pensait être le directeur de l’entreprise-mère de la filiale, qui lui demandait de transférer de l’argent à un fournisseur. La voix était générée via l’IA. La technologie vidéo Deepfake, utilisée pour la fraude par phishing, est disponible en ligne au prix de départ de 20 dollars la minute. Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Nous pourrions assister à davantage d’incidents impliquant l’IA mais les investissements dans la détection assistée par l’IA permettent de dépister les dangers plus tôt.
2. Les appareils mobiles exposent les données personnelles et celles de l’entreprise
Le laxisme en sécurité et le mélange de données personnelles et professionnelles sur les appareils mobiles, notamment les smartphones, les tablettes et les ordinateurs portables, constituent une combinaison attrayante pour les cybercriminels. Allianz Commercial constate un nombre croissant d’incidents dus à une cybersécurité inefficiente des appareils mobiles. Pendant la pandémie, de nombreuses organisations ont introduit de nouvelles manière d’accéder à leur réseau d’entreprise via des appareils privés, sans authentification multifactorielle (MFA). Cela a donné lieu à un certain nombre de cyberattaques réussies et à d’importantes demandes d’indemnisation.
Les criminels ciblent les appareils mobiles avec des logiciels malveillants spécifiques pour obtenir un accès à distance, voler les identifiants de connexion ou déployer des ransomwares. La sécurité des appareils personnels est souvent moins stricte. L’utilisation du wifi public peut accroître leur vulnérabilité, y compris les attaques de phishing via les réseaux sociaux.
Le déploiement de la technologie 5G constitue un risque. La 5G va alimenter plus d’appareils connectés, y compris des applications avancées, des voitures autonomes jusqu’aux villes intelligentes. Mais la cybersécurité de nombreux appareils IoT est faible. Ils sont faciles à détecter et ne disposent pas de mécanismes d’authentification multifactorielle (MFA). Aujourd’hui encore, on voit apparaître sur internet des appareils avec des mots de passe par défaut.
3. Le manque de connaissances en cybersécurité affecte les coûts et la fréquence des incidents
La pénurie croissante de professionnels va compliquer les efforts en cybersécurité. La pénurie mondiale actuelle d’experts en cybersécurité dépasse les quatre millions et la demande augmente deux fois plus vite que l’offre. D’ici 2025, plus de la moitié des cyberincidents significatifs seront dus à des connaissances insuffisantes et/ou à des défaillances humaines.
La technologie évoluant rapidement, il n’y a pas assez de personnes expérimentées pour suivre l’évolution des menaces. Sans personnel spécialisé, il devient difficile de prévoir et de prévenir les incidents. La pénurie d’experts a également une influence sur les coûts d’un incident. D’après l’IBM Cost of a Data Breach Report 2023, les organisations présentant un manque important de compétences en matière de sécurité ont dû payer en moyenne 5,36 millions de dollars pour une violation de donnés, soit environ 20% de plus que la moyenne.
La détection précoce est essentielle dans la lutte contre les cybermenaces émergentes
Prévenir un cyberattaque devient plus difficile alors que les enjeux augmentent. Voilà pourquoi les outils de détection précoce deviennent plus importants. Une faille inaperçue dans votre réseau est un point faible potentiel. Si vous ne réagissez pas rapidement, cela peut entraîner des temps d’arrêt plus longs, des coûts plus élevés et un impact plus important sur les clients, le chiffre d’affaires, la rentabilité et la réputation.
La part du lion du budget de la sécurité IT est actuellement consacrée à la prévention et environ 35% à la détection et à la réaction. Cependant, si une intrusion n’est pas détectée, les choses peuvent aller très vite. Une fois les données cryptées et/ou volées, les coûts s’accumulent – jusqu’à 1000 fois plus élevés que si l’incident avait été détecté et maîtrisé à un stade précoce.
Investir dans des outils de détection sera la prochaine étape logique de la plupart des entreprises. Une détection précoce et une réponse efficace sont essentielles pour atténuer les cyberattaques et garantir la pérennité du marché de la cyberassurance.
- Les attaques par ransomware ont de nouveau fortement augmenté l’année dernière
- L’IA et l’essor des appareils mobiles connectés créent plus de vulnérabilités
- La détection précoce peut réduire jusqu’à mille fois le coût des violations

