“Sicurezza 2025, what else?”
Du 19 au 21 novembre 2025, la Fiera Milano a une fois de plus confirmé son rôle de rendez-vous incontournable de l’industrie européenne de la sécurité. Sicurezza, initialement un salon régional, s’est imposé progressivement comme l’un des événements B2B les plus respectés en Europe dans ce domaine. Même la pandémie de coronavirus n’a pas freiné son essor. Le salon conserve toutefois une forte identité italienne – les Caribinieri, les douanes, la police pénitentiaire et la Défense y présentent régulièrement leurs derniers équipements -, contribuant à l’atmosphère unique de Sicurezza.
Mais ce n’est pas tout. Tout vous rappelle que vous êtes en Italie : l’élégance, la bonne musique, les amuse-bouches et (beaucoup de) le prosecco, parfois une touche de provocation. Ici, le mouvement woke n’a pas encore pris le dessus et la visite du salon reste une expérience agréable, teintée d’humour. Cette ambiance conviviale et positive contribue sans aucun doute au plaisir des exposants comme des visiteurs de participer à Sicurezza. Les salons professionnels sont loin d’être dépassés - bien au contraire - à condition que le déplacement et le temps investis en valent la peine.
Milan International Building Alliance
Une autre particularité de Sicurezza est de présenter la sécurité comme un élément fondamental du secteur de la construction. Aux côtés de Sicurezza, trois autres salons forment le MIBA ou Milan International Building Alliance : GEE (Global Elevator Exhibition – le hub international de la mobilité verticale et horizontale), MADE Expo (l’événement phare en Italie dédié à la construction et à l’architecture, axé sur le design et le développement durable) et SBE (Smart Building Expo – la plateforme internationale pour l’intégration technologique dans les bâtiments et les villes).
« L’évolution de l’environnement bâti vers une plus grande durabilité écologique, une meilleure efficacité énergétique et une meilleure qualité de vie est au cœur de la politique européenne », fait savoir Paola Sarco, CEO de Made Eventi et responsable des salons Building & Industry Exhibitions à la Fiera Milano. « Les prochaines années seront cruciales pour la réutilisation et la rénovation du parc immobilier, non seulement en Italie mais dans toute l’Europe. Le MIBA est le résultat d’un processus de croissance qui a permis de réunir des marchés et des salons autrefois cloisonnés, créant un système capable de transformer l’innovation technologique et le savoir-faire professionnel en opportunités commerciales concrètes. Avec plus de 1.250 entreprises, de plus en plus internationales et représentatives, le MIBA propose une plateforme unique où les données, les projets et les idées se transforment en des solutions tangibles pour la construction durable et la rénovation urbaine. Aujourd’hui, l’intégration est plus essentielle que jamais pour relever le défi du développement durable et réussir la transformation de l’environnement bâti. »
New European Bauhaus
Paola Sarco insiste sur l’importance du New European Bauhaus (NEB), l’initiative de la Commission européenne qui vise à renouer les liens entre la société, la culture et l’environnement bâti, en privilégiant des bâtiments qui conjuguent trois dimensions essentielles : la durabilité, la beauté et l’inclusivité. La sécurité est un élément fondamental des projets NEB. La tendance aux bâtiments intelligents et durables implique une intégration avancée de la sécurité, avec des systèmes basés sur l’IoT pour la détection précoce des incendies, le compartimentage intelligent, les capteurs environnementaux, la surveillance passive et les technologies CPTED (Crime Prevention Through Environmental Design). Avec une part estimée à 5,5% du financement total de la NEB, le marché européen de la sécurité des bâtiments devrait atteindre 1,2 milliard d’euros par an entre 2025 et 2027. Sur ce montant, environ 150 millions d’euros seront consacrés à des projets en Italie.
Cyber security
Sicurezza s’appuyait sur un vaste programme de conférences réunissant des dizaines d’intervenants et autant de thématiques abordées sur différents podiums. Malheureusement, celles-ci étaient presque exclusivement en italien, sans service de traduction, ce qui est regrettable pour un salon de plus en plus international, car les sujets traités dépassent largement le marché italien. En réalité, la sécurité ne connaît plus de frontières depuis longtemps. Les présentations sur la cybersécurité ont suivi un fil rouge évident. Oubliez l’image de l’individu qui se livre à des activités criminelles dans une chambre mansardée. Aujourd’hui, le phishing se pratique à grande échelle, de manière organisée, au sein d’une structure hiérarchisée. Le cybercriminel se considère comme un employé d’une PME, chargé de générer un maximum de revenus pour son employeur, rémunéré par un salaire et parfois des primes. Bref, une gestion d’entreprise tout à faire normale, n’est-ce-pas ?
Le double rôle joué par l’IA est marquant : d’une part, c’est l’outil idéal pour les criminels qui l’utilisent dans l’optimisation de leurs opérations et, d’autre part, c’est une arme décisive pour renforcer la cybersécurité, notamment par la mise en place d’écrans défensifs, autonomes et automatisés (par exemple Network AI Analytics). Mais ne vous y trompez pas : l’IA ne remplace pas le responsable de la sécurité. Elle reste un outil destiné à améliorer la réactivité et l’évolutivité face aux menaces et aux attaques potentielles. Cette observation nous amène à une constante dans le secteur de la sécurité : les développements technologiques vont bon train, des solutions innovantes apparaissent presque quotidiennement, mais l’intervention humaine demeure indispensable pour l’installation, la mise en service, l’exploitation, la maintenance et la gestion.
par Rudy Gunst