01/06/2026

Permettre à la police de visionner des images de vidéosurveillance en temps réel

Imaginez : un opérateur d’une centrale d’alarme privée reçoit une alerte intrusion provenant d’un bâtiment équipé d’un système de vidéosurveillance. Les images montrent des cambrioleurs en train de s’introduire dans les lieux. D’un clic, il transmet les images à la police. Quelques instants plus tard, les suspects sont repérés dans la rue et identifiés grâce aux images. En Belgique, ce type de dispositif est en cours de déploiement. Aux Pays-Bas, la transmission d’images de vidéosurveillance à la police est une pratique courante depuis des années. Quels enseignements peut-on tirer de l’expérience néerlandaise ?

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Le secteur de la sécurité en Belgique est à l’aube d’une avancée majeure en matière de vidéosurveillance et de coopération entre les acteurs publics et (semi-) privés. L’annonce du ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, selon laquelle la police pourra bientôt visionner des images de vidéosurveillance en temps réel provenant notamment de la STIB et du gestionnaire du réseau ferroviaire Infrabel marque une étape importante dans une gestion des incidents plus intégrée et fondée sur l’information. Cette évolution s’inscrit dans la lignée du modèle Live View appliqué aux Pays-Bas, où les centrales d’alarme privées jouent un rôle de relais entre les propriétaires de caméras et la salle de contrôle de la police.

Des interventions plus rapides

L’extension annoncée signifie que les services de police belges ne dépendront plus exclusivement d’enregistrements vidéo récupérés a posteriori : ils pourront visionner des images en direct pendant un incident. Cette évolution a un impact sur la rapidité et l’efficacité d’intervention. Environ 3.000 caméras de la STIB et d’Infrabel devraient être mises à disposition dans le courant de l’année, à des fins de surveillance en temps réel. Une capacité similaire a déjà été introduite avec les caméras ANPR de la SNCB dans les gares et aux abords, permettant aux services de l’ordre d’acquérir de l’expérience avec les flux vidéo en direct.

Une vue actualisée et précise

La demande d’accès en temps réel aux images de caméras de surveillance est au cœur des préoccupations des administrations locales et des zones de police. En milieu urbain, où les incidents évoluent rapidement, la différence entre une intervention réussie et une occasion manquée se joue souvent à quelques secondes près. La surveillance en direct offre à la salle de contrôle une vue actualisée et précise de la situation, indispensable au déploiement ciblé des ressources. À partir des images, la police peut évaluer le nombre de suspects, les risques encourus et la présence éventuelle d’armes ou de blessés. Ces informations permettent aux dispatchers d’orienter plus efficacement les patrouilles et de mobiliser des services d’urgence supplémentaires, comme des ambulances.

Un cadre de référence clair

Cette évolution est relativement récente en Belgique, et le modèle néerlandais constitue un cadre de référence solide. Aux Pays-Bas, Live View s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la capacité d’intervention directe de la police. Le principe repose sur la possibilité de surprendre les auteurs d’infractions en flagrant délit et de les appréhender, ce qui augmente les chances d’arrestation tout en exerçant un effet préventif. Le système fonctionne grâce à une étroite collaboration entre les entreprises, les centrales d’alarme privées et la police.

Simple et efficace

Le fonctionnement de Live View est à la fois simple et efficace. Les commerces - magasins, établissements horeca, stations-service - disposent d’un système de vidéosurveillance connecté à une centrale d’alarme privée. Quand un capteur d’alarme est activé, par exemple lors d’un braquage ou d’une intrusion, la centrale d’alarme reçoit une notification. L’opérateur examine les images en direct et évalue s’il s’agit d’un incident en cours. Ce n’est que dans ce cas que les images sont transmises à la salle de contrôle de la police. Ce principe, souvent résumé par la formule ‘pas d’incident, pas d’images’, constitue une garantie essentielle à la protection de la vie privée.

La police n’a pas besoin d’investir

Dès que les images sont mises à disposition de la police, la salle de contrôle peut suivre et analyser la situation en temps réel. Le pilotage des caméras reste toutefois du ressort de la centrale d’alarme. La police peut donner des instructions – comme zoomer sur une zone précise ou orienter une caméra – mais ne gère pas l’infrastructure technique. Par ailleurs, la première évaluation de l’incident reste de la responsabilité de l’opérateur privé, ce qui contribue à réduire le nombre de fausses alertes.

Un gain de temps considérable

L’un des principaux avantages de ce système est le gain de temps qu’il offre lors d’incidents. Au lieu de réagir à un signalement abstrait, les agents en patrouille disposent d’informations concrètes pendant leur trajet. Ils savent par exemple si un suspect est toujours sur les lieux, quel itinéraire de fuite il emprunte et comment la situation évolue. Cette précision augmente les chances d’une arrestation rapide et contribue à la sécurité des agents concernés et des victimes éventuelles. De plus, les services d’urgence arrivent sur place mieux préparés, un facteur crucial lors d’incidents violents ou d’urgences médicales.

Prévention

Au-delà des avantages opérationnels, la prévention joue un rôle clé. Aux Pays-Bas, les sites connectés à Live View signalent que la police peut suivre les incidents en direct. Cela a un effet dissuasif sur les auteurs potentiels, conscients du risque accru d’être pris sur le fait. Des études et l’expérience de terrain montrent que les criminels modifient leur comportement lorsqu’ils savent que les images sont enregistrées et activement surveillées et partagées.

Pas de fausses alertes

Le recours à des centrales d’alarme privées apporte un autre avantage: le filtrage des notifications. Avec les systèmes traditionnels, il arrive fréquemment que la police doive se déplacer pour des fausses alertes dues par exemple à des dysfonctionnements techniques ou des erreurs humaines. L’intervention de l’opérateur qui visionne d’abord les images permet de limiter ce phénomène. Les effectifs policiers peuvent être déployés plus efficacement et les interventions inutiles sont limitées. Sans ce filtre indispensable, les images de vidéosurveillance ne peuvent être mises à la disposition de la police et de la justice qu’a posteriori, ce qui diminue les chances d’une arrestation en flagrant délit.

Belgique

En Belgique, la mise en place d’un modèle similaire fait l’objet d’une approche prudente et progressive. Les projets actuels se concentrent d’abord sur les caméras publiques des sociétés de transport et des gestionnaires d’infrastructures, mais la question de l’intégration future des réseaux de caméras privés se pose déjà. Les centrales d’alarme privées pourraient jouer un rôle clé de ‘gardien du temple’ pour la police, à l’instar du modèle néerlandais.

Défis

Cependant, des points d’attention et des défis subsistent. La protection de la vie privée et des données constitue un enjeu majeur dans tout débat sur la vidéosurveillance. Le partage d’images en temps réel soulève des questions essentielles sur l’accès aux images, la durée de conservation et les conditions d’utilisation. L’expérience néerlandaise montre que des accords clairs et des protocoles stricts sont indispensables pour préserver la confiance des citoyens et des entreprises. Le principe selon lequel les images ne sont partagées qu’en cas d’incident avéré, excluant tout accès permanent de la police aux caméras privées, constitue le fondement de cette confiance.

Intégration

À cela s’ajoute le défi technique de l’intégration. Les systèmes de vidéosurveillance varient en termes de qualité, de configuration et de compatibilité. Pour créer un réseau capable d’assurer un partage rapide et fiable des images, il est indispensable de disposer de solutions standardisées et d’infrastructures robustes. Cela implique des investissements ciblés et une collaboration étroite entre les pouvoirs publics, les entreprises technologiques et le secteur de la sécurité. Cela ne s’applique pas encore à l’actuel Live View, mais le respect de normes spécifiques sera exigé lorsque le principe prendra un caractère national et structurel.

Exigences pour les salles de contrôle

Sur le plan organisationnel, la mise en place du partage d’images de caméras en temps réel nécessite des adaptations. Les salles de contrôle doivent être équipées pour traiter les flux visuels et les intégrer dans leurs processus opérationnels. Le personnel doit être formé pour exploiter cette nouvelle source d’information et prendre rapidement des décisions éclairées. L’introduction de tels dispositifs implique donc un changement à la fois technologique et structurel.

Une approche centrée réseau

Malgré ces défis, la voie à suivre se dessine. La digitalisation croissante et la disponibilité grandissante des technologies de vidéosurveillance permettent d’intervenir plus rapidement et plus efficacement en cas d’incident. L’interconnexion des réseaux publics et privés offre une vision plus complète et actualisée de ce qui se passe dans l’espace public et au-delà. Cette évolution s’inscrit dans le concept d’une approche centrée réseau, où différents acteurs partagent des informations au sein d’un écosystème intégré afin d’optimiser collectivement la prise de décision.

Première étape

Pour la Belgique, l’évolution actuelle constitue un premier pas dans cette direction. La collaboration avec la STIB et Infrabel peut être considérée comme un projet pilote, destiné à fournir des enseignements précieux pour un déploiement ultérieur. Si les résultats s’avèrent concluants, il est probable que d’autres secteurs - comme le commerce de détail et l’industrie - soient impliqués. Les centrales d’alarme privées pourraient alors jouer un rôle important en tant que maillon de liaison, à condition qu’un cadre juridique et opérationnel clair soit préalablement défini.

Avantages concrets

L’expérience néerlandaise montre qu’une telle collaboration est réalisable et qu’elle apporte des avantages concrets en termes de sécurité et d’efficacité. L’intégration d’images de caméras en direct dans les processus opérationnels de la police permet de réduire le temps de réaction, d’augmenter les chances d’interpellation et d’optimiser l’utilisation des ressources. Dans le même temps, il est essentiel de préserver l’équilibre entre la sécurité et la vie privée, et de communiquer de manière transparente sur l’usage de ces technologies. Les prochaines années seront déterminantes pour le développement de la vidéosurveillance en temps réel en Belgique. Les premières mesures sont déjà engagées et les bases d’un système comparable à Live View mais adapté au contexte belge semblent posées. Si les conditions-cadres adéquates sont réunies, ce dispositif pourrait devenir un outil puissant dans la lutte contre la criminalité et contribuer significativement à une société plus sûre.

Par: Vincent Vreeken