Le premier Niveau S est immédiatement un succès
Le premier Niveau S est immédiatement un succès
En décembre dernier, la crème du secteur belge de la sécurité se rassemblait à Bruxelles pour la première édition de Niveau S. Cette combinaison, sur deux jours, de congrès, de salon et de forum de l’emploi, a été fortement appréciée par le public. Top Security y était également et nous avons choisi pour vous quelques innovations et questions d’actualité.
Un bon exemple de l’une de ces innovations nous était donné par Jonathan Berthe, directeur général de Robovision. Il était venu exposer quelques cas intéressants d’apprentissage en profondeur ou, en anglais, Deep Learning. Grâce à l’imitation des performances du cerveau humain à l’aide des composants actuels de la technique des caméras et de l’intelligence artificielle, il apparaît aujourd’hui, semble-t-il, d’énormes possibilités. Jonathan Berthe : « En créant un réseau multicouche, l’apprentissage en profondeur permet au système de développer ses propres algorithmes. Quelques exemples concrets issus de divers secteurs aideront à l’expliquer. Nous avons ainsi des projets en cours sur la Falconplein et sur le Meir d’Anvers. L’apprentissage en profondeur y est appliqué pour détecter l’attitude et le comportement des gens. Il est à souligner que nous n’avons besoin pour cela d’aucune nouvelle caméra ; le logiciel peut être appliqué aux anciennes caméras de la ville existantes, déjà en place depuis des années. Sur le Meir, ceci peut être mis en œuvre pour détecter des personnes âgées à partir de leur allure de marche, ou des parcours d’autres personnes sortant des flux principaux. Si vous combinez ces deux choses sur une plage de temps à risques (le soir ou la nuit) vous pouvez détecter une situation potentielle de risque. Nous avons également réalisé, à la gare d’Utrecht, une ‘preuve de concept’ au cours de laquelle nous avons détecté des anomalies dans le flux de personnes. Au cas où soudain quelqu’un menace de blesser des gens avec un couteau ou une kalachnikov, l’apprentissage en profondeur permet de le détecter plus rapidement. »
« Ainsi, lors de l’attentat de Zaventem on a longtemps cherché ‘l’homme au chapeau blanc’. Sur la base de ce cas nous avons affiné nos systèmes, pour qu’en utilisant des caractéristiques extérieures on puisse retrouver plus rapidement des personnes dans des banques de données. Nous sommes également en train de développer, pour une grande banque, un système permettant d’analyser le comportement des personnes dans les espaces distributeurs. Si des personnes sont menacées par une arme, il est possible de le détecter. Mais la lutte contre la criminalité n’est pas la seule application de l’apprentissage en profondeur ; nous l’utilisons également pour la circulation routière. Nous pouvons détecter, dans le tunnel Kennedy, si une voiture présente une conduite anormale, et nous pouvons adapter en fonction la signalisation routière à Zwijndrecht et Haasdonk. Le secteur logistique peut, lui aussi, bénéficier de l’apprentissage en profondeur. Ainsi, il est possible, dans les ports, d’afficher les images des quais et d’indiquer automatiquement des éléments tels que les bittes d’amarrage et les défenses. Mais je vois également des innovations importantes pour les consommateurs. On peut penser ici aux Smart TV sur lesquelles il est possible de projeter une image en surimpression, sur laquelle les produits affichés pourront être immédiatement commandés. Les possibilités deviennent infinies. » Robovision était également, avec le projet de la Falconplein, l’un des nominés pour le prix de l’innovation, mais il en sera davantage question dans la suite de cet article.
Cybersécurité: reluquer chez les voisins
Nous tenons à mentionner encore la contribution de Katja Van Hoever sur la cybersécurité. La cybersécurité est toujours un sujet brûlant, et d’importants défis nous attendent sur ce plan, car une personne mal intentionnée peut occasionner beaucoup de dégâts avec très peu d’effort. Il est hélas difficile pour les services de police, par manque de personnel et de moyens, de maîtriser cette matière en évolution constante. Cela vaut dès lors la peine de regarder un moment au-delà de nos propres frontières. Katja Van Hoever, experte auprès de la police néerlandaise, est venue expliquer comment cette dernière procédait. Il est à remarquer le succès d’un projet pilote dans lequel de jeunes pirates informatiques, ou ‘hackers’, arrêtés sont utilisés pour signaler des défaillances de sécurité et des faits criminels. Katja Van Hoever : « Nous avons constaté que nous avions besoin d’une nouvelle approche pour le traitement des hackers mineurs, adolescents typiques derrière leur PC. L’approche traditionnelle de la criminalité ne leur réussit pas. C’est pourquoi, avec un certain nombre d’intervenants, nous nous sommes réunis autour d’une table pour mettre au point un projet pilote : des hackers éthiques, des criminologues, le Ministère public, des représentants d’entreprises ainsi que le Conseil de Protection de l’enfance, y ont entre autres collaboré. Concrètement, des jeunes ayant commis un délit sont, après sélection, intégré dans un programme d’accompagnement. L’objectif est d’utiliser leurs compétences au service de la société. Il y a plusieurs manières d’y parvenir. Nous les faisons par exemple travailler avec des hackers éthiques afin qu’ils voient qu’ils peuvent aussi faire des choses positives avec leur talent. »
« Un deuxième projet concerne l’utilisation de cyber-volontaires. Ce sont des volontaires enregistrés qui ont déjà travaillé pour nous en tant que volontaires traditionnels. Lorsque nous avons ratissé la base de données des volontaires existants, nous avons constaté que plusieurs d’entre eux possédaient des compétences en informatique. Après une formation complémentaire ils sont à présent fin prêts pour faire également du travail utile en ligne. Ils écument par exemple pour nous le Darkweb à la recherche de traite des femmes ou de commerce illégal d’armes. Une plus grande collaboration avec le public, le monde de l’entreprise et le monde académique, est indispensable pour les services de police.
Prix de l’innovation
Cerise sur le gâteau : l’attribution du premier prix de l’innovation Niveau S. Il a déjà été question de Robovision dans cet article. Nous vous présentons brièvement les quatre autres nominés et leurs projets :
Senhive est une plate-forme modulaire pour cameras, capteurs et drones. Thomas Petracca, le DG de Senhive nous éclaire : « L’important pour le système est son fonctionnement totalement indépendant de données externes ou d’alimentation en énergie. Il peut donc être installé n’importe où. Nous voyons aujourd’hui trois applications possibles pour cette technologie : Ignis est un système de détection d’incendie dans lequel trois caméras à 120° peuvent être pilotées jusqu’à douze kilomètres de distance. Le second système est une technologie radar capable de détecter les drones et leur pilote avec une précision allant jusqu’à 2 mètres, dans un rayon pouvant atteindre 3 kilomètres, et d’envoyer leur position à un opérateur. Le troisième système est une plate-forme d’atterrissage pour drones, permettant de les recharger et de reprendre leur vol. »
Les Réseaux d’information du voisinage ont reçu eux aussi une nomination pour leur projet BINECO. Il s’agit d’une plate-forme numérique dont l’objectif est la promotion de la communication entre citoyens et autorités. On empêche ainsi le développement sauvage de méthodes de communication entre les intervenants. La plate-forme est greffée sur le système Office 365 ; tous les intervenants ont à leur disposition leur propre page d’équipe qui permet de partager facilement les informations.
Mathieu Deblock de la Zone de Pompiers d’Anvers (Brandweer Zone Antwerpen) présentait la plate-forme Multi-sécurité : « En cas d’incidents majeurs les premiers moments d’une intervention sont souvent chaotiques, avec des informations contradictoires, erronées ou tronquées. La police, les pompiers et les ambulanciers savent peu de choses concernant l’incident vers lequel ils se dirigent. La plate-forme Multi-sécurité a pour objectif d’y remédier. Il s’agit d’un puzzle complexe qui collecte, enrichit, filtre, visualise toutes les données et les adresse aux secouristes appropriés. »
Ce sont chacun de très beaux projets, mais le prix très convoité a finalement été décerné à Citymesh. Citymesh est un opérateur mobile capable de déployer des réseaux 5G en Belgique. Il est surtout présent sur quelques marchés de niche, comme la mise en œuvre de réseaux pour éoliennes en Mer du nord et pour des véhicules autonomes. Mais cela ne s’arrête pas là. Mitch De Geest (DG) : « La forte montée en puissance des drones était pour nous le signal d’investir également ce marché. Cela a débouché sur les Safetydrones, un projet par lequel nous voulons apporter une plus-value aux services d’intervention. En cas d’appel d’urgence, il est possible d’envoyer immédiatement un drone vers le lieu de l’incident. Ce dernier peut alors envoyer en temps réel des images HD et thermiques sécurisées vers le centre de surveillance, la caserne et les véhicules qui se rendent sur place. On peut ainsi faire une bonne évaluation de la nature et de la gravité de l’incident. Une fois que les drones ont effectué cette mission principale, ils restent sur place pour transmettre des images. Ceci n’est pas de la science-fiction ; dans quelques mois commenceront les projets pilotes à Courtrai, Gand et Anvers. »
Par Sammy Soetaert


