17/05/2019

Jusqu’à quel point laisser la porte ouverte à l’IA ?

Alia Security Day

Sécurité et intelligence artificielle (IA) sont devenues, ces dernières années, très liées. L’IA s’intègre de plus en plus dans le secteur de la sécurité, où elle ouvre un monde de possibilités et de solutions sans fin. L’intérêt suscité par ce que l’IA peut (déjà) faire est particulièrement grand. La salle bondée du congrès d’Alia, lors du salon New Security, en est la preuve.

L’IA permet des progrès fulgurants dans le développement technologique, ce qui implique dès lors des adaptations et implémentations des lois. La loi-cadre réglementant la sécurité privée et particulière est un bon exemple de réglementation qui tient compte des nouveaux défis du secteur. Geneviève Van Der Meeren, directrice du contrôle de la sécurité privée auprès du SPF Intérieur : « Pour l’exécution et la mise en œuvre de la loi-cadre, les efforts de communication et de vulgarisation en la matière ont été renforcés via le site www.besafe.be, et via une codification gratuite en ligne de la réglementation, diverses fiches explicatives et 56 séances d’information et des formations destinées à un public varié ont été organisé. Il existe également une continuation de la mise en œuvre des décisions d’application grâce à vingt textes publiés et neuf textes achevés. De plus, les inspections sur le terrain ont été intensifiées. » 1.152 contrôles ont été effectués entre le 1er février et le 31 décembre 2018. Sur les 2.897 personnes physiques contrôlées, 486 étaient en infraction (16,77%). « Que les choses soient claires : notre but n’est pas nécessairement de punir, mais aussi de responsabiliser les personnes impliquées en expliquant et en les accompagnant. C’est pourquoi les collaborations et les partenariats sont importants. » Ces collaborations ont donné, entre autres : La Civil Cyber Active Defence (lutte contre les cybermenaces en partageant le potentiel des modems existants et en analysant les données via une IA).

Labo d’IA

Depuis 1983, la VUB dispose de son propre laboratoire d’IA. « La forme la plus élémentaire d’intelligence artificielle date de peu après la Seconde Guerre mondiale », déclare Johan Loeckx du laboratoire ‘Artificial Intelligence’ de la VUB. « Depuis, l’IA a connu divers développements. Du codage manuel (règles de l’époque), en passant par la formalisation de l’intelligence (reformulation structurée) et l’apprentissage à partir de données (découverte de modèles statistiques), à la vague à venir d’apprentissage à partir de l’interaction (apprentissage de la prise de décision, via une récompense). Pour cette dernière vague, il est important, pour le développement, de pouvoir décrire ce qui a été fait, en bien ou en mal, prévoir sous la forme de scénarios et définir ce qui devrait se passer ensuite. »

Caméras intelligentes

Prédire, c’est ce que pourront faire de mieux en mieux les caméras de surveillance intelligentes. Avec les caméras intelligentes actuelles, l’analyse est effectuée à l’aide de calculs de base, parfois avec des algorithmes raffinés, parfois en combinaison avec des bases de données. On peut citer la reconnaissance des mouvements, le comptage de personnes, la reconnaissance faciale, la reconnaissance et la classification d’objets. « La caméra intelligente transforme les images en données », explique Nico Wuyts, d’ARAS Security. « Le fait de comprendre l’image, permet de générer des données, de les structurer et de les gérer ; ce qui rend intelligente la vidéosurveillance et donne l’impression qu’elle est capable de prendre des décisions de façon autonome. À l’avenir, les caméras intelligentes pourront observer, comprendre, résoudre des problèmes nouveaux et inattendus, apprendre et s’adapter. Et tout cela sur la base d’une intelligence visuelle. »

Les drones

Tout comme l’IA, la technologie des drones est en plein essor. « Plus d’un millier d’emplois supplémentaires liés aux drones ont été créés sur le marché du travail en 2018. Ces emplois font même partie des dix meilleurs emplois du futur », explique Wim De Schutter de Noordzee Drones. « L’utilisation commerciale de drones représente un chiffre d’affaires de plus de 400 millions d’euros. C’est la deuxième technologie à la croissance la plus rapide après le smartphone. La technologie évolue très vite. La qualité des caméras s’améliore et elles deviennent de plus en plus compactes. Les drones eux-mêmes sont de plus en plus performants et ‘intelligents’. Ils peuvent donc être utilisés dans tous les secteurs d’activité et par les services d’ordre et d’urgence. »

Sources d’informations

Les données sont une composante essentielle de l’analyse de risques. En outre, il est important que le programme de sécurité reste exempt d’indicateurs de suspicion tant préventifs que prédictifs. En tant qu’organisation, choisir la ou les bonnes sources intelligentes pour les données volumineuses (big data) et l’IA, s’avère déterminant pour le résultat souhaité. Stephan Van Hauwe, d’OpSeC : « Internet, c.-à-d. le réseau visible, ne représente que 5% des informations. Le ‘deep web’ (réseau profond) et le ‘dark net’ (réseau obscur) représentent 95% de toutes les données. » Où les organisations trouvent-elles leurs données volumineuses ou leur alimentation en IA ? « 80% sur Internet, dont 55% via HUMINT ou HUMan INTelligence (collecte d’informations uniques par interaction avec une personne spécialement sélectionnée, ndlr) et 25% via OSINT ou Open Source Intelligence (méthode de collecte d’informations et de renseignements provenant de sources publiques, ndlr), et via SOCMINT ou Social Media Intelligence (informations collectées sur les canaux des réseaux sociaux, ndlr). Sur le deep web, les SIGMINT ou Signals Intelligence (données collectées par interception de signaux électroniques, ndlr) représentent 15%. Les 5% restants se trouvent dans le « dark net », via les GOVINT ou informations gouvernementales. »

Secteur indécis de la prévention incendie

La capacité prédictive de l’IA peut également être un atout en matière de prévention des incendies. Bien que ses applications soient encore minimes. « Peut-être parce que la prévention requiert avant tout la certitude, alors que l’IA s’appuie sur des pourcentages de probabilité », explique Alain Verhoyen de l’ANPI. « Mais il existe des exemples où l’IA démontre bien sa plus-value : pour la prédiction des feux de forêt à partir de la météo, et en cas d’évacuations de masse. Outre la tendance à l’IA, quelques projets sont également en cours. L’un d’entre eux est AUDREY, Assistant for Understanding Data through Reasoning, Extraction, and Synthesis. Un autre projet permet la détection d’incendie sur la base de plusieurs critères et de plusieurs scénarios, via différents capteurs. »

Immeubles intelligents

Alors que le secteur de la prévention des incendies est encore largement prudent à ce sujet, l’IA est au cœur des bâtiments intelligents dans lesquels l’apprentissage automatique et l’apprentissage en profondeur règnent en maîtres. « Les données volumineuses et l’intelligence centralisée sont essentielles », affirme Jean-Michel Verhulst, de Bezonia. Bezonia est une plate-forme de contrôle combinant toutes les technologies de connectivité et protocoles d’automatisation dans les bâtiments et les espaces de vie, pour un usage tant professionnel que privé. « L’intelligence artificielle globale dans les bâtiments repose sur le tableau de bord, l’apprentissage automatique et l’utilisation des données. Mais pour cela, vous devez bien sûr déterminer d’abord ce que vous voulez voir se réaliser. »

Les sens de l’IA

Tout comme un être humain, l’IA ne peut fonctionner de manière optimale que si l’on fait appel à ses « sens ». « La technologie multi-capteurs, utilisée par exemple pour la détection de drones blindés, fonctionne comme nos sens », explique Stefaan Joos, de JST Security. « Ils ont les fonctions de nos yeux, de nos oreilles et de notre nez. Le radar 3D voit l’emplacement exact et la hauteur du drone. Les huit micros entendent le drone et indiquent sa position. Le capteur RF détecte les signaux entre la télécommande et le drone. De plus, l’appareil est équipé d’une caméra de vérification : lorsque le drone est détecté, la caméra se tourne vers lui. On peut considérer le serveur, la fusion de capteurs (sensor fusion), comme notre cerveau. Son rôle est de faire dialoguer ensemble tous les sens. »

Il ne manque actuellement que des sens efficaces de goût et de toucher pour rendre l’IA complète. Ou bien cela constitue-t-il l’étape suivante du développement de l’IA ?

Par Gianni D’Angelo

Photos Alia Security

http://aliasecurity.eu/

Jusqu’à quel point laisser la porte ouverte à l’IA ?

Alia Security Day

Sécurité et intelligence artificielle (IA) sont devenues, ces dernières années, très liées. L’IA s’intègre de plus en plus dans le secteur de la sécurité, où elle ouvre un monde de possibilités et de solutions sans fin. L’intérêt suscité par ce que l’IA peut (déjà) faire est particulièrement grand. La salle bondée du congrès d’Alia, lors du salon New Security, en est la preuve.

L’IA permet des progrès fulgurants dans le développement technologique, ce qui implique dès lors des adaptations et implémentations des lois. La loi-cadre réglementant la sécurité privée et particulière est un bon exemple de réglementation qui tient compte des nouveaux défis du secteur. Geneviève Van Der Meeren, directrice du contrôle de la sécurité privée auprès du SPF Intérieur : « Pour l’exécution et la mise en œuvre de la loi-cadre, les efforts de communication et de vulgarisation en la matière ont été renforcés via le site www.besafe.be, et via une codification gratuite en ligne de la réglementation, diverses fiches explicatives et 56 séances d’information et des formations destinées à un public varié ont été organisé. Il existe également une continuation de la mise en œuvre des décisions d’application grâce à vingt textes publiés et neuf textes achevés. De plus, les inspections sur le terrain ont été intensifiées. » 1.152 contrôles ont été effectués entre le 1er février et le 31 décembre 2018. Sur les 2.897 personnes physiques contrôlées, 486 étaient en infraction (16,77%). « Que les choses soient claires : notre but n’est pas nécessairement de punir, mais aussi de responsabiliser les personnes impliquées en expliquant et en les accompagnant. C’est pourquoi les collaborations et les partenariats sont importants. » Ces collaborations ont donné, entre autres : La Civil Cyber Active Defence (lutte contre les cybermenaces en partageant le potentiel des modems existants et en analysant les données via une IA).

Labo d’IA

Depuis 1983, la VUB dispose de son propre laboratoire d’IA. « La forme la plus élémentaire d’intelligence artificielle date de peu après la Seconde Guerre mondiale », déclare Johan Loeckx du laboratoire ‘Artificial Intelligence’ de la VUB. « Depuis, l’IA a connu divers développements. Du codage manuel (règles de l’époque), en passant par la formalisation de l’intelligence (reformulation structurée) et l’apprentissage à partir de données (découverte de modèles statistiques), à la vague à venir d’apprentissage à partir de l’interaction (apprentissage de la prise de décision, via une récompense). Pour cette dernière vague, il est important, pour le développement, de pouvoir décrire ce qui a été fait, en bien ou en mal, prévoir sous la forme de scénarios et définir ce qui devrait se passer ensuite. »

Caméras intelligentes

Prédire, c’est ce que pourront faire de mieux en mieux les caméras de surveillance intelligentes. Avec les caméras intelligentes actuelles, l’analyse est effectuée à l’aide de calculs de base, parfois avec des algorithmes raffinés, parfois en combinaison avec des bases de données. On peut citer la reconnaissance des mouvements, le comptage de personnes, la reconnaissance faciale, la reconnaissance et la classification d’objets. « La caméra intelligente transforme les images en données », explique Nico Wuyts, d’ARAS Security. « Le fait de comprendre l’image, permet de générer des données, de les structurer et de les gérer ; ce qui rend intelligente la vidéosurveillance et donne l’impression qu’elle est capable de prendre des décisions de façon autonome. À l’avenir, les caméras intelligentes pourront observer, comprendre, résoudre des problèmes nouveaux et inattendus, apprendre et s’adapter. Et tout cela sur la base d’une intelligence visuelle. »

Les drones

Tout comme l’IA, la technologie des drones est en plein essor. « Plus d’un millier d’emplois supplémentaires liés aux drones ont été créés sur le marché du travail en 2018. Ces emplois font même partie des dix meilleurs emplois du futur », explique Wim De Schutter de Noordzee Drones. « L’utilisation commerciale de drones représente un chiffre d’affaires de plus de 400 millions d’euros. C’est la deuxième technologie à la croissance la plus rapide après le smartphone. La technologie évolue très vite. La qualité des caméras s’améliore et elles deviennent de plus en plus compactes. Les drones eux-mêmes sont de plus en plus performants et ‘intelligents’. Ils peuvent donc être utilisés dans tous les secteurs d’activité et par les services d’ordre et d’urgence. »

Sources d’informations

Les données sont une composante essentielle de l’analyse de risques. En outre, il est important que le programme de sécurité reste exempt d’indicateurs de suspicion tant préventifs que prédictifs. En tant qu’organisation, choisir la ou les bonnes sources intelligentes pour les données volumineuses (big data) et l’IA, s’avère déterminant pour le résultat souhaité. Stephan Van Hauwe, d’OpSeC : « Internet, c.-à-d. le réseau visible, ne représente que 5% des informations. Le ‘deep web’ (réseau profond) et le ‘dark net’ (réseau obscur) représentent 95% de toutes les données. » Où les organisations trouvent-elles leurs données volumineuses ou leur alimentation en IA ? « 80% sur Internet, dont 55% via HUMINT ou HUMan INTelligence (collecte d’informations uniques par interaction avec une personne spécialement sélectionnée, ndlr) et 25% via OSINT ou Open Source Intelligence (méthode de collecte d’informations et de renseignements provenant de sources publiques, ndlr), et via SOCMINT ou Social Media Intelligence (informations collectées sur les canaux des réseaux sociaux, ndlr). Sur le deep web, les SIGMINT ou Signals Intelligence (données collectées par interception de signaux électroniques, ndlr) représentent 15%. Les 5% restants se trouvent dans le « dark net », via les GOVINT ou informations gouvernementales. »

Secteur indécis de la prévention incendie

La capacité prédictive de l’IA peut également être un atout en matière de prévention des incendies. Bien que ses applications soient encore minimes. « Peut-être parce que la prévention requiert avant tout la certitude, alors que l’IA s’appuie sur des pourcentages de probabilité », explique Alain Verhoyen de l’ANPI. « Mais il existe des exemples où l’IA démontre bien sa plus-value : pour la prédiction des feux de forêt à partir de la météo, et en cas d’évacuations de masse. Outre la tendance à l’IA, quelques projets sont également en cours. L’un d’entre eux est AUDREY, Assistant for Understanding Data through Reasoning, Extraction, and Synthesis. Un autre projet permet la détection d’incendie sur la base de plusieurs critères et de plusieurs scénarios, via différents capteurs. »

Immeubles intelligents

Alors que le secteur de la prévention des incendies est encore largement prudent à ce sujet, l’IA est au cœur des bâtiments intelligents dans lesquels l’apprentissage automatique et l’apprentissage en profondeur règnent en maîtres. « Les données volumineuses et l’intelligence centralisée sont essentielles », affirme Jean-Michel Verhulst, de Bezonia. Bezonia est une plate-forme de contrôle combinant toutes les technologies de connectivité et protocoles d’automatisation dans les bâtiments et les espaces de vie, pour un usage tant professionnel que privé. « L’intelligence artificielle globale dans les bâtiments repose sur le tableau de bord, l’apprentissage automatique et l’utilisation des données. Mais pour cela, vous devez bien sûr déterminer d’abord ce que vous voulez voir se réaliser. »

Les sens de l’IA

Tout comme un être humain, l’IA ne peut fonctionner de manière optimale que si l’on fait appel à ses « sens ». « La technologie multi-capteurs, utilisée par exemple pour la détection de drones blindés, fonctionne comme nos sens », explique Stefaan Joos, de JST Security. « Ils ont les fonctions de nos yeux, de nos oreilles et de notre nez. Le radar 3D voit l’emplacement exact et la hauteur du drone. Les huit micros entendent le drone et indiquent sa position. Le capteur RF détecte les signaux entre la télécommande et le drone. De plus, l’appareil est équipé d’une caméra de vérification : lorsque le drone est détecté, la caméra se tourne vers lui. On peut considérer le serveur, la fusion de capteurs (sensor fusion), comme notre cerveau. Son rôle est de faire dialoguer ensemble tous les sens. »

Il ne manque actuellement que des sens efficaces de goût et de toucher pour rendre l’IA complète. Ou bien cela constitue-t-il l’étape suivante du développement de l’IA ?

Par Gianni D’Angelo

Photos Alia Security

http://aliasecurity.eu/