16/02/2026

Faciliter l’accès aux images des caméras pour la police

Les caméras de surveillance ne sont plus une exception. Elles sont installées sur les façades des habitations, dans les commerces, les zones industrielles et les parkings. Ce qui était autrefois principalement le domaine des banques et des grandes chaînes de distribution est devenu un outil de sécurité largement répandu. Avec la démocratisation des caméras IP, des sonnettes de portes intelligentes et des systèmes d’alarme intégrés, une grande partie de la population dispose aujourd’hui de son propre système de vidéosurveillance. Cela génère une quantité d’images potentiellement pertinentes, mais une question demeure : comment les exploiter rapidement et efficacement lors d’investigations visant des auteurs de délit ?

Vincent
Vreeken
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© 123RF

Les Pays-Bas ont trouvé une réponse depuis quelques années avec le concept Camera in Beeld. Cette initiative de la police néerlandaise permet aux propriétaires de caméras de surveillance d’enregistrer volontairement leurs appareils afin que la police puisse localiser plus facilement des enregistrements potentiellement pertinents. Il ne s’agit pas d’une surveillance continue mais d’un moyen d’établir rapidement un contact en cas de délit commis à proximité d’une caméra. À ce jour, quelques 350.000 caméras et interphones vidéo sont enregistrés. Une telle initiative pourrait s’avérer intéressante en Belgique. Elle touche en effet à une problématique qui se pose ici aussi : comment optimiser l’exploitation de l’infrastructure de caméras existante sans porter atteinte au respect de la vie privée et au principe de proportionnalité ?

Un outil d’investigation pratique

En Belgique, la loi caméras fournit une base juridique à l’utilisation des caméras. Elle impose aux propriétaires de déclarer leurs caméras via www.declarationcamera.be dans le système national de déclaration géré par le gouvernement fédéral. Toutefois, ce registre a d’abord un caractère juridique et administratif. Grâce notamment à l’obligation de validation annuelle, la police dispose d’une liste actualisée de l’emplacement des caméras et de l’identité des propriétaires. Ce système présente des similitudes avec le concept néerlandais Camera in Beeld, mais son objectif principal est de savoir qui possède des caméras et si leur installation est conforme à la loi, plutôt que de faciliter la récupération rapide d’images après un incident. C’est là que réside la différence avec le système néerlandais : contrairement à notre système national de déclaration, ce n’est pas un outil administratif mais un instrument d’investigation.

Principe simple

Le principe qui sous-tend Camera in Beeld est simple. Toute personne possédant une caméra peut indiquer volontairement son emplacement et la zone qu’elle couvre approximativement. La police n’a pas accès aux images en direct et ne peut les demander sans raison valable. Ce n’est que lorsqu’un délit a été commis dans les environs qu’elle peut contacter le propriétaire pour lui demander s’il dispose d’images pertinentes. Cela évite aux enquêteurs de perdre du temps à repérer des caméras aux habitations et aux commerces. L’information est disponible, organisée et géolocalisée.

Grande valeur ajoutée

Un système similaire pourrait s’avérer utile en Belgique, en particulier dans les milieux urbains où la densité de caméras est élevée. Dans des villes comme Anvers, Bruxelles et Gand, des centaines de caméras privées et semi-publiques sont disséminées dans les rues commerçantes, les immeubles d’habitation et les zones industrielles. Après un incident, une course contre la montre est souvent engagée car les enregistrements ne sont parfois conservés que quelques jours. Plus vite l’emplacement des caméras est identifié, plus grandes sont les chances de recueillir des preuves cruciales.

Un travail policier plus efficace

L’expérience néerlandaise montre qu’un tel système peut améliorer l’efficacité du travail policier. En quelques clics, les enquêteurs peuvent identifier les caméras situées dans un rayon donné autour d’un délit. Ils peuvent travailler de manière plus ciblée et contacter rapidement les propriétaires. La différence avec les méthodes traditionnelles, comme les enquêtes de voisinage, est considérable. Il y a un gain de temps et une diminution du risque de passer à côté d’images pertinentes.

Valeur ajoutée pour les entrepreneurs

Pour les entrepreneurs, la plus-value est évidente. Ils investissent souvent des sommes considérables dans la vidéosurveillance pour protéger leur entreprise contre le vol, le vandalisme ou les braquages. En enregistrant leurs caméras dans un système orienté investigation, ils contribuent à la sécurité de tout un quartier. Cela renforce aussi leur rôle de partenaire actif dans la politique de sécurité. En Belgique, on observe depuis quelque temps une évolution vers une meilleure coopération public-privé en matière de sécurité, notamment via les Réseaux d’Information du Quartier (RIQ) et des collaborations entre la police et les associations de commerçants. Un registre des caméras présentant une valeur ajoutée opérationnelle s’inscrit dans ce cadre.

Importance pour les particuliers

Les particuliers sont eux aussi plus disposés à participer à de telles initiatives. Les sonnettes de portes intelligentes et les caméras de surveillance compactes sont largement répandues. Les images enregistrées sont régulièrement utilisées dans le cadre d’enquêtes criminelles, par exemple pour identifier un suspect ou reconstituer un itinéraire de fuite. Aujourd’hui, cela se produit néanmoins souvent par hasard : la police est informée par les voisins ou via les réseaux sociaux que quelqu’un pourrait détenir des images. Une vue d’ensemble centralisée permettrait de structurer cette situation.

Intéressant pour les professionnels de la sécurité

Pour les professionnels de la sécurité, l’idée présente un intérêt particulier. La sécurité ne se limite pas à l’installation de caméras : elle implique une intégration dans des structures de sécurité plus larges. Une caméra fonctionnant de manière isolée a d’abord un caractère préventif. Une caméra intégrée à un réseau auquel la police peut accéder possède une valeur évidente pour les investigations. Cela renforce le concept global de sécurité et le rend plus pertinent.
De plus en plus d’installateurs et d’entreprises de sécurité soulignent l’importance d’un positionnement correct, d’une bonne qualité d’image et de délais de conservation, précisément parce que les images des caméras sont plus souvent utilisées dans des dossiers judiciaires. Une initiative inspirée de l’exemple de Camera in Beeld pourrait stimuler davantage cette professionnalisation. Les clients investiraient dans leur propre sécurité mais aussi dans une plus-value sociétale plus large.

Vie privée

Cependant, un tel système soulève des questions relatives à la vie privée et à la protection des données. Tout comme les Pays-Bas, la Belgique y est très sensible. La confiance des citoyens est essentielle. Un registre des caméras utilisé à des fins opérationnelles ne peut fonctionner que si son rôle est clairement défini. Il ne doit en aucun cas devenir un instrument de surveillance permanent ou permettre un accès arbitraire à des images privées.
A l’instar de Camera in Beeld aux Pays-Bas, le principe fondamental est que le propriétaire doit conserver un contrôle total. Aucun accès direct pour la police, aucun transfert automatique d’images et aucun stockage centralisé. Seuls l’emplacement de la caméra et son champ de vision sont enregistrés. Ce n’est qu’après un incident concret que la police peut demander au propriétaire s’il est disposé à partager les images. Sans son consentement, pas de partage.

Un ancrage juridique nécessaire

Ce modèle s’inscrit dans la loi caméras belge et le RGPD, qui insistent sur la proportionnalité, la limitation des finalités et le traitement minimal des données. Toutefois, un ancrage juridique clair et une communication transparente s’imposent. Les citoyens et les entrepreneurs doivent savoir à quoi s’en tenir, comment leurs données sont protégées et qui peut accéder au système. Aux Pays-Bas, la transparence est essentielle au succès de Camera in Beeld. La police investit massivement dans la sensibilisation et rappelle qu’il ne s’agit pas d’un système de surveillance mais d’un outil destiné à des investigations ciblées. Cette nuance est indispensable en Belgique. Sans un soutien sociétal large, une telle initiative se heurterait rapidement à une forte opposition.

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© Robert van 't Hoenderdaal

Un dilemme cornélien

Cela n’enlève rien au fait qu’il s’agit souvent d’un dilemme cornélien sur le plan juridique. La loi sur la protection de la vie privée est stricte en matière de vidéosurveillance. Il est interdit de filmer la voie publique ou les bien d’autrui sans raison valable. Il n’est donc pas surprenant qu’un nombre élevé de caméras et d’interphones vidéo enregistrés auprès de Camera in Beeld ne soient pas pleinement conformes à cette législation. Cela n’empêche pas la police de les enregistrer, et les propriétaires ne risquent pas de sanctions. Il est cependant possible que, dans le cadre d’un éventuel procès, les images soient qualifiées de preuves obtenues illégalement par l’avocat du suspect. Cependant, l’objectif premier de la police est de retrouver le suspect le plus rapidement possible et d’identifier d’éventuels témoins.

Pas une solution miracle

Il faut rester réaliste quant au potentiel des caméras. Elles ne constituent pas une solution miracle. Leur effet préventif reste limité et elles ne fournissent pas toujours des images exploitables. Un mauvais éclairage, un angle inadéquat, des conditions météorologiques défavorables ou une résolution insuffisante peuvent réduire la valeur des enregistrements. Un registre de caméras augmente les chances de succès, sans toutefois offrir de garantie.
L’aspect humain de la police demeure indispensable. Les images ne sont qu’une pièce du puzzle aux côtés des témoignages, des analyses médico-légales et de l’enquête tactique. Le risque est de surestimer les capacités technologiques, alors que la sécurité repose sur une combinaison de moyens, de compétences humaines et de coopération.

Application intelligente de la technologie

Pour la Belgique, un registre de caméras axé sur l’investigation pourrait constituer un complément intéressant aux structures existantes telles que les Réseaux d’Information de Quartier (RIQ). Alors que les RIQ favorisent l’échange d’information entre les citoyens et la police, un registre de caméras renforcerait cette collaboration grâce à un outil technique concret. Cela permettrait de passer du principe ‘voir et signaler’ à ‘voir, enregistrer et partager de manière ciblée’.
Le contexte sociétal joue un rôle déterminant. Le sentiment de sécurité est fragilisé dans de nombreuses villes et communes. Les cambriolages, le vandalisme, les agressions contre les services d’urgence et les infractions au code de la route sont des problèmes récurrents. Les citoyens attendent des pouvoirs publics une présence visible mais aussi une utilisation intelligente de la technologie. Un système exploitant mieux les caméras existantes répond à ces attentes.

Équilibre entre sécurité et liberté

Dans le même temps, il est essentiel de préserver l’équilibre entre la sécurité et la liberté. La Belgique possède une tradition forte de prudence face aux formes de surveillance jugées trop intrusives. Un registre des caméras qui dépasserait certaines limites risquerait d’éroder cette confiance. C’est ce qui rend le modèle néerlandais est intéressant : il est pragmatique, limité dans sa portée et fondé sur le volontariat.
Le modèle, comparé aux pays dotés de vastes réseaux de caméras gérés par les pouvoirs publics, est plus subtil. Il reconnaît l’existence de caméras installées, appartenant à des citoyens et à des entrepreneurs, et admet que les pouvoirs publics ne peuvent y accéder que de manière temporaire et ciblée. Cette approche correspond à la vision belge des droits civils.
La question n’est donc pas tant de savoir si la Belgique a besoin d’un tel système, mais de déterminer la forme qu’il devrait prendre. Doit-il s’agir d’une extension du registre des caméras existant ? Ou d’une plateforme distincte avec un objectif opérationnel clairement défini ? Quels sont les services de police qui pourraient y accéder et sous quelles conditions ? Comment garantir la sécurité des données ? Comment maintenir l’attrait de la participation pour les citoyens et les entrepreneurs ?

Exploiter plus intelligemment les moyens existants

Le projet néerlandais Camera in Beeld montre qu’une collaboration est possible sans perdre le contrôle. Il ne s’agit pas d’une situation où ‘la police surveille’ mais d’une situation où ‘la police sait qui contacter’. Cette nuance rend l’initiative socialement acceptable et opérationnellement pertinente.
Cette approche offre une perspective inspirante pour la Belgique. Au lieu de construire de nouvelles infrastructures coûteuses, les ressources existantes peuvent être exploitées plus intelligemment. Plutôt que de multiplier les caméras, nous pouvons nous concentrer sur une meilleure utilisation de celles déjà en place. Et au lieu de considérer la sécurité exclusivement comme une responsabilité publique, elle peut être envisagée comme une responsabilité partagée.

Contribuer activement à la sécurité

Quiconque enregistre sa caméra dans un tel système accomplit bien plus qu’une simple démarche administrative. Il ou elle choisit de contribuer activement à la sécurité du quartier, de la commune et, plus largement, de la société dans son ensemble. Le registre des caméras devient un instrument technique, mais aussi une forme d’engagement citoyen.
À ce titre, Camera in Beeld dépasse le cadre d’un projet néerlandais classique. Le concept s’intègre dans le contexte sécuritaire belge, où la coopération, la proportionnalité et la confiance sont des principes essentiels. Avec un cadre juridique adéquat, une communication transparente et le respect de la vie privée, une initiative similaire pourrait devenir un outil puissant pour les forces de l’ordre modernes.
Ce serait un pas vers une exploitation plus intelligente de la technologie, où la sécurité et la liberté ne s’opposent pas mais se renforcent mutuellement.

Par : Vincent Vreeken