08/04/2025

ASIS Europe 2025

Du risque à la résilience

Les 5 et 6 mars 2025, le Dublin Convention Center a réuni les grands noms de l’industrie européenne de la sécurité ainsi que des acteurs clés d’Amérique du Nord et du Moyen-Orient. Durant les deux jours d’ASIS Europe 2025 – From Risk to Resilience – plus de 50 présentations et workshops traitant de la sécurité ont été donnés. Impossible d’avoir un fil conducteur mais trois thèmes étaient fréquemment abordés : la cybersécurité, le partenariat public-privé et la guerre en Ukraine. ASIS Europe 2025 a pratiquement coïncidé avec l’annonce du président Trump de suspendre l’aide militaire à l’Ukraine, ce qui incite l’industrie européenne de la défense à réclamer davantage d’investissements pour nous protéger contre une éventuelle attaque de la Russie. Mais que cela ne nous dévie pas de la réalité : l’agression russe contre l’Europe bat déjà son plein avec des cyberattaques avérées contre des infrastructures critiques et des sabotages sur terre et en mer.

« Avec son programme instructif sans précédent et son réseautage exceptionnel, ASIS Europe 2025 a attiré un nombre record de 1.070 participants de plus de 50 pays », déclare la coprésidente de la conférence Inge Huijbrechts (Radisson Hotel Group). « A l’ère de l’incertitude géopolitique, les responsables de la sécurité doivent faire plus que réagir : il faut anticiper ! Notre programme de conférences met l’accent sur l’importance de la résilience, la planification de scénarios et l’alignement des politiques de sécurité pour gérer les risques et soutenir les opportunités stratégiques. Dans un monde axé sur l’innovation, il est important de se tenir informé auprès de sources fiables. Nous avons structuré ASIS Europe 2025 pour aider les professionnels de la sécurité de divers horizons et secteurs à assurer la sécurité de leurs organisations en cette période d’évolutions technologiques rapides. En parallèle au programme de conférences, un espace d’exposition a accueilli une cinquantaine de participants. Chaque année, c’est un lieu d’échange d’expériences et de création de partenariats. »

Confiance

L’ouverture plénière d’ASIS Europe 2025 a débuté avec un discours inspirant d’Ed McLaughlin, président et CTO chez Mastercard. Il a mis en avant l’équilibre critique entre la technologie, la sécurité et la disponibilité, et souligné la manière dont l’innovation façonne l’avenir du secteur. De la sécurisation des transactions numériques à la garantie d’un accès transparent dans un monde connecté, Ed McLaughlin a précisé que la sécurité ne se limite pas à la protection mais vise également à favoriser la confiance, la continuité et le progrès. Les règlementations mondiales avec leurs ‘do’s’ et leurs ‘don’ts’ nous posent des défis majeurs. Alors que la technologie se développe à un rythme sans précédent, les professionnels de la sécurité doivent garder une longueur d’avance sur les évolutions et les menaces émergentes tout en garantissant des systèmes disponibles et efficaces.

« L’extrémisme et le populisme ne sont pas sans dangers », affirme Catherine Fieschi, (The Healix Risk). « Ils déchirent la société. Ils poussent les divergences d’opinion vers des formes radicales. La polarisation est le terreau fertile des problèmes de sécurité. Cela se produit dans toutes sortes de secteurs comme la politique, le climat, la religion, la diversité et même le sport. Il s’agit de plus en plus de ‘nous’ et de ‘eux’, les bons et les mauvais. »

 

« Les économies émergentes ne reconnaissent plus le modèle européen comme le modèle idéal », ajoute Whit Mason de Mason Change Communication. « L’Europe n’est plus considérée comme un exemple type de ce à quoi devrait ressembler une démocratie. L’Inde, le Brésil, les Emirats Arabes Unis et la Chine se fichent de notre doigt pointé. Qu’a fait l’Europe pour ces pays qui lui donne le droit de s’exprimer? Nous devons accepter qu’un nouvel ordre mondial est en train d’émerger. Nous ne pouvons plus nous attendre à exporter notre modèle démocratique aux quatre coins du monde. Mais ce qu’il ne faut certainement pas faire, c’est montrer des signes de faiblesse. L’Europe doit faire preuve de leadership et cela signifie qu’il faut aussi dialoguer et écouter, ne pas se contenter de condamner ce qui ne correspond pas à nos valeurs. Le leadership signifie rester fort. Il faut pilonner ceux qui nous attaquent – pensez à l’EI – et protéger notre société et nos citoyens des dangers potentiels. Nous ne pouvons réussir qu’avec l’aide de partenariats publics-privés avancés. »

 

Le danger russe

Chaque année, nous attendons avec impatience la présentation de Glenn Schoen de Boardroom@Crisis. Il n’a pas l’habitude de mâcher ses mots et n’a pas fait exception à la règle. « Depuis plus de trois ans, toutes sortes d’événements se passent en Europe et nous n’avons pas trouvé de réponse appropriée. L’OTAN, la police, les services de renseignement, l’industrie, … personne n’organise de formations anti-sabotage. C’est pourtant aussi un ennemi invisible. Au cours des quatre derniers mois – c’est-à-dire depuis la réélection de Donald Trump – le nombre d’attaques a fortement augmenté à une échelle large et diversifiée, notamment des cyberattaques, des incendies criminels, des attentats à la bombe, des agressions physiques, des sectionnements de câbles de données et de pipelines, des brouillages de radar et de GPS. »

Les raisons de ces attaques sont diverses : il faut perturber la vie quotidienne et l’économie, provoquer une réaction mais aussi nous faire payer. Prenons l’exemple d’un câble de données sectionné. En moyenne, il faut 4,5 mois pour le réparer et 150 millions d’euros, un coût élevé par incident ! « Coïncidence ou non, ces câbles sont toujours sectionnés lorsque les deux navires de réparation déployables sont aussi éloignés que possible ou viennent de commencer une autre mission. »

 

Glenn Schoen a constaté un fait marquant depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. Les gouvernements européens réagissent différemment aux incidents. Jusqu’à l’année dernière, il n’y avait pratiquement aucune communication sur les sabotages pour ne pas inquiéter la population, mais cela a changé. « Aujourd’hui, les médias reçoivent de l’information sur les attaques, ce qui s’est passé et quelles en sont les conséquences. Ils ne gardent plus le silence sur qui se cache derrière les attaques : la Russie. C’est une stratégie : montrer à la population que nous sommes déjà en guerre avec la Russie, non pas avec des chars et des missiles de croisière mais à une échelle moins visible. Le but ? Préparer la population à des investissements dans l’industrie de la défense et le secteur de la sécurité. N’oubliez pas que 80% des infrastructures critiques en Europe (énergie, transport, eau, alimentation, finance, informatique) sont entre des mains privées. Nous ne pouvons donc pas nous contenter de compter sur le gouvernement pour nous protéger ! »

 

 

Concluons sur une bonne nouvelle pour la Belgique et les Pays-Bas : l’année prochaine, ASIS Europe se tiendra à Anvers, du 23 au 25 mars 2026.

 

Par Rudy Gunst

www.asiseurope.org

Photo: ASIS Europe

ASIS Europe 2025

Du risque à la résilience

Les 5 et 6 mars 2025, le Dublin Convention Center a réuni les grands noms de l’industrie européenne de la sécurité ainsi que des acteurs clés d’Amérique du Nord et du Moyen-Orient. Durant les deux jours d’ASIS Europe 2025 – From Risk to Resilience – plus de 50 présentations et workshops traitant de la sécurité ont été donnés. Impossible d’avoir un fil conducteur mais trois thèmes étaient fréquemment abordés : la cybersécurité, le partenariat public-privé et la guerre en Ukraine. ASIS Europe 2025 a pratiquement coïncidé avec l’annonce du président Trump de suspendre l’aide militaire à l’Ukraine, ce qui incite l’industrie européenne de la défense à réclamer davantage d’investissements pour nous protéger contre une éventuelle attaque de la Russie. Mais que cela ne nous dévie pas de la réalité : l’agression russe contre l’Europe bat déjà son plein avec des cyberattaques avérées contre des infrastructures critiques et des sabotages sur terre et en mer.

« Avec son programme instructif sans précédent et son réseautage exceptionnel, ASIS Europe 2025 a attiré un nombre record de 1.070 participants de plus de 50 pays », déclare la coprésidente de la conférence Inge Huijbrechts (Radisson Hotel Group). « A l’ère de l’incertitude géopolitique, les responsables de la sécurité doivent faire plus que réagir : il faut anticiper ! Notre programme de conférences met l’accent sur l’importance de la résilience, la planification de scénarios et l’alignement des politiques de sécurité pour gérer les risques et soutenir les opportunités stratégiques. Dans un monde axé sur l’innovation, il est important de se tenir informé auprès de sources fiables. Nous avons structuré ASIS Europe 2025 pour aider les professionnels de la sécurité de divers horizons et secteurs à assurer la sécurité de leurs organisations en cette période d’évolutions technologiques rapides. En parallèle au programme de conférences, un espace d’exposition a accueilli une cinquantaine de participants. Chaque année, c’est un lieu d’échange d’expériences et de création de partenariats. »

Confiance

L’ouverture plénière d’ASIS Europe 2025 a débuté avec un discours inspirant d’Ed McLaughlin, président et CTO chez Mastercard. Il a mis en avant l’équilibre critique entre la technologie, la sécurité et la disponibilité, et souligné la manière dont l’innovation façonne l’avenir du secteur. De la sécurisation des transactions numériques à la garantie d’un accès transparent dans un monde connecté, Ed McLaughlin a précisé que la sécurité ne se limite pas à la protection mais vise également à favoriser la confiance, la continuité et le progrès. Les règlementations mondiales avec leurs ‘do’s’ et leurs ‘don’ts’ nous posent des défis majeurs. Alors que la technologie se développe à un rythme sans précédent, les professionnels de la sécurité doivent garder une longueur d’avance sur les évolutions et les menaces émergentes tout en garantissant des systèmes disponibles et efficaces.

« L’extrémisme et le populisme ne sont pas sans dangers », affirme Catherine Fieschi, (The Healix Risk). « Ils déchirent la société. Ils poussent les divergences d’opinion vers des formes radicales. La polarisation est le terreau fertile des problèmes de sécurité. Cela se produit dans toutes sortes de secteurs comme la politique, le climat, la religion, la diversité et même le sport. Il s’agit de plus en plus de ‘nous’ et de ‘eux’, les bons et les mauvais. »

« Les économies émergentes ne reconnaissent plus le modèle européen comme le modèle idéal », ajoute Whit Mason de Mason Change Communication. « L’Europe n’est plus considérée comme un exemple type de ce à quoi devrait ressembler une démocratie. L’Inde, le Brésil, les Emirats Arabes Unis et la Chine se fichent de notre doigt pointé. Qu’a fait l’Europe pour ces pays qui lui donne le droit de s’exprimer? Nous devons accepter qu’un nouvel ordre mondial est en train d’émerger. Nous ne pouvons plus nous attendre à exporter notre modèle démocratique aux quatre coins du monde. Mais ce qu’il ne faut certainement pas faire, c’est montrer des signes de faiblesse. L’Europe doit faire preuve de leadership et cela signifie qu’il faut aussi dialoguer et écouter, ne pas se contenter de condamner ce qui ne correspond pas à nos valeurs. Le leadership signifie rester fort. Il faut pilonner ceux qui nous attaquent – pensez à l’EI – et protéger notre société et nos citoyens des dangers potentiels. Nous ne pouvons réussir qu’avec l’aide de partenariats publics-privés avancés. »

Le danger russe

Chaque année, nous attendons avec impatience la présentation de Glenn Schoen de Boardroom@Crisis. Il n’a pas l’habitude de mâcher ses mots et n’a pas fait exception à la règle. « Depuis plus de trois ans, toutes sortes d’événements se passent en Europe et nous n’avons pas trouvé de réponse appropriée. L’OTAN, la police, les services de renseignement, l’industrie, … personne n’organise de formations anti-sabotage. C’est pourtant aussi un ennemi invisible. Au cours des quatre derniers mois – c’est-à-dire depuis la réélection de Donald Trump – le nombre d’attaques a fortement augmenté à une échelle large et diversifiée, notamment des cyberattaques, des incendies criminels, des attentats à la bombe, des agressions physiques, des sectionnements de câbles de données et de pipelines, des brouillages de radar et de GPS. »

Les raisons de ces attaques sont diverses : il faut perturber la vie quotidienne et l’économie, provoquer une réaction mais aussi nous faire payer. Prenons l’exemple d’un câble de données sectionné. En moyenne, il faut 4,5 mois pour le réparer et 150 millions d’euros, un coût élevé par incident ! « Coïncidence ou non, ces câbles sont toujours sectionnés lorsque les deux navires de réparation déployables sont aussi éloignés que possible ou viennent de commencer une autre mission. »

Glenn Schoen a constaté un fait marquant depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. Les gouvernements européens réagissent différemment aux incidents. Jusqu’à l’année dernière, il n’y avait pratiquement aucune communication sur les sabotages pour ne pas inquiéter la population, mais cela a changé. « Aujourd’hui, les médias reçoivent de l’information sur les attaques, ce qui s’est passé et quelles en sont les conséquences. Ils ne gardent plus le silence sur qui se cache derrière les attaques : la Russie. C’est une stratégie : montrer à la population que nous sommes déjà en guerre avec la Russie, non pas avec des chars et des missiles de croisière mais à une échelle moins visible. Le but ? Préparer la population à des investissements dans l’industrie de la défense et le secteur de la sécurité. N’oubliez pas que 80% des infrastructures critiques en Europe (énergie, transport, eau, alimentation, finance, informatique) sont entre des mains privées. Nous ne pouvons donc pas nous contenter de compter sur le gouvernement pour nous protéger ! »

Concluons sur une bonne nouvelle pour la Belgique et les Pays-Bas : l’année prochaine, ASIS Europe se tiendra à Anvers, du 23 au 25 mars 2026.

Par Rudy Gunst

www.asiseurope.org

Photo: ASIS Europe